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Minerva étant une revue d'Evidence-Based Medicine promeut la diffusion d'une information scientifique indépendante et apporte une analyse critique des publications pertinentes dans la littérature internationale.


Sommaire septembre 2022


Pour les patients suspectés d'embolie pulmonaire qui ne sont pas exclus par la règle PERC, une stratégie qui combine la règle YEARS et la règle des D-dimères ajustés pour l'âge peut-elle exclure le diagnostic en toute sécurité ?

Page 154 - page 158 

Jayaswal A., De Jonghe M.  

Cette publication européenne consiste en une étude randomisée en grappe, croisée, de bonne qualité méthodologique. Elle montre la non-infériorité pour le risque d'échec diagnostique en termes d'événements thromboemboliques à 3 mois de la règle YEARS et l’utilisation du seuil des D-dimères ajusté pour l’âge chez les patients présentant au moins un critère de la règle PERC, par rapport à la stratégie conventionnelle d’exclusion d’embolie pulmonaire aux urgences. La réduction de l’utilisation de l’imagerie par angioCT est confirmée également.


Pharmacothérapie de l’obésité et du surpoids : une méta-analyse en réseau à ne pas retenir

Page 159 - page 162 

Sculier J.P.  

Cette synthèse méthodique avec méta-analyse conclut que, chez les adultes en surpoids et obèses, la phentermine-topiramate et les agonistes des récepteurs GLP-1 se sont avérés les meilleurs médicaments pour réduire le poids ; des agonistes du GLP-1, le sémaglutide pourrait être le plus efficace. Pour Minerva, elle est trop biaisée pour avoir des implications pratiques. Focalisée sur la FDA, elle ignore l’EMA et un pan de la littérature européenne très important en matière de toxicité médicamenteuse.


Pas de changement à apporter aux recommandations sur un traitement au long cours par macrolide pour l’asthme symptomatique malgré une thérapie inhalée de maintenance adéquate

Page 163 - page 166 

Sculier J.P.  

Cette revue systématique conclut que les preuves existantes dans l'asthme sévère suggèrent un effet des macrolides par rapport au placebo sur le taux d'exacerbations nécessitant une hospitalisation. Ils réduisent probablement les exacerbations sévères et peuvent réduire les symptômes. Cependant, elle ne permet pas d’exclure la possibilité d'autres avantages ou inconvénients car les preuves sont de très faible qualité en raison de l'hétérogénéité des patients et des interventions, de l'imprécision et des biais de notification. Les résultats ont été principalement tirés par un essai bien conçu et de bonne puissance. Les dernières conclusions de Minerva, publiée en 2018 sur base de cette dernière étude, ne doivent donc pas changer : « le clinicien devrait réserver ce type de traitement - après avoir épuisé les autres alternatives - aux patients asthmatiques symptomatiques - malgré l’utilisation de CSI + LABA et pour lesquels un essai par tiotropium n’a pas été concluant ».


Efficacité de la thérapie cognitivo-comportementale assistée par ordinateur en ajout aux soins habituels pour la dépression chez l’adulte ?

Page 167 - page 170 

Feron J-M.  

Cet essai randomisé montre que chez les patients avec une dépression modérée à sévère recrutés dans un contexte de soins primaires, la thérapie cognitivo-comportementale assistée par ordinateur ajoutée aux soins habituels est plus efficace que les soins habituels seuls, avec un effet global qui reste modeste. La méthodologie de la recherche ne convainc cependant pas de la plus-value clinique du programme d’assistance par internet par rapport à une TCC conventionnelle.


Prévention de la récidive dépressive : antidépresseur ou interventions psychologiques séquentielles ?

Page 171 - page 175 

Diehl J.  

Cette méta-analyse de données individuelles de participants n’a pas retrouvé de différence significative dans le délai de survenue d’une récidive dépressive entre l’intervention psychologique durant la décroissance de l’antidépresseur et le maintien de l’antidépresseur seul. Malgré les limites méthodologiques, cette étude, en accord avec les guides de pratique clinique belges, conforte les données invitant à laisser le choix au patient d’une prise en charge par antidépresseur seul au long court ou d’une décroissance posologique assortie d’une psychothérapie de type MBCT ou PCT.


Quel moyen clinique pour détecter les lésions buccales cancéreuses et précancéreuses ?


19 09 2022 

Bogaerts P.  

Cette synthèse méthodique de la littérature d’excellente méthodologique conclu à l’absence de preuve de bonne qualité étayant la précision diagnostique des moyens de dépistage précoce des cancers de la bouche. Le rôle des professionnels de la santé de la sphère buccale de première ligne (dentistes, hygiénistes et médecins généralistes) dans le dépistage opportuniste est mis en exergue.


Syndrome des brides lymphatiques axillaires après chirurgie axillaire pour un cancer du sein : kinésithérapie précoce spécialisée ?


19 09 2022 

Sculier J.P.  

Un programme de kinésithérapie adapté au syndrome des brides lymphatiques axillaires avec une composante éducative sur la réduction des symptômes du syndrome améliore le handicap de l'épaule perçu par les malades et les aspects physiques et fonctionnels spécifiques de la qualité de vie par rapport aux exercices standard des bras avec la même composante éducative. La prise en charge par kinésithérapie précoce après chirurgie axillaire pour un cancer du sein est recommandée pour éviter le développement d’un lymphœdème. La présente étude contrôlée suggère qu’une une kinésithérapie spécialisée pour éviter les conséquences du syndrome des brides lymphatiques axillaires pourrait être bénéfique, du moins à court terme. D’autres études contrôlées pour confirmer les résultats initiaux et des données avec un suivi plus long sont nécessaires avant de recommander de l’intégrer dans la pratique quotidienne.


Efficacité du minoxidil et des inhibiteurs 5 alpha-réductase dans le traitement de l’alopécie androgénique chez les patients de sexe masculin ?


19 09 2022 

Couty M., De Jonghe M.  

Cette synthèse méthodique avec méta-analyse en réseau conclut qu’une meilleure idée de l'efficacité relative des différentes doses des inhibiteurs de la 5-α réductase et du minoxidil à 24 et 48 semaines en cas d’alopécie androgénique est possible grâce à leur travail. Cette recherche présente de nombreuses limites méthodologiques. De plus, les données concernant les caractéristiques des populations étudiées, l’absence de mention de seuil de pertinence clinique, l’absence de données relatives à l’innocuité de l’intervention ne permettent pas d’aider le clinicien et les patients.


Cannabis et cannabinoïdes pour traiter les douleurs chroniques : état des lieux


19 09 2022 

Lechat M., Nsengiyumva M., De Jonghe M.  

Cette synthèse méthodique avec méta-analyses montre que le cannabis médical non-inhalé apporte une petite à très petite amélioration dans le soulagement de la douleur, le fonctionnement physique et la qualité du sommeil des patients souffrant de douleurs chroniques en comparaison avec le placebo via des preuves de niveau modéré à élevé. Cet usage s’accompagne en outre d’effets indésirables. Elle repose sur une méthodologie solide et adéquate. Les résultats observés ne justifient pas de modifier les recommandations actuelles relatives à l’utilisation du cannabis médical et aux cannabinoïdes dans le cadre de douleurs cancéreuses et non cancéreuses chez l’adulte ne présentant pas de maladie mental.



Pour les patients suspectés d'embolie pulmonaire qui ne sont pas exclus par la règle PERC, une stratégie qui combine la règle YEARS et la règle des D-dimères ajustés pour l'âge peut-elle exclure le diagnostic en toute sécurité ?

Contexte

La stratégie diagnostique optimale pour les patients suspects d'embolie pulmonaire (EP) reste débattue (1). Un algorithme conventionnel utilise une approche bayésienne associant une estimation subjective initiale de la probabilité pré-test, un test de D-dimères (chez les patients avec une probabilité clinique non élevée) et si le taux de D-dimères est supérieur à un certain seuil, une imagerie thoracique (angioscanner du thorax ou un examen scintigraphique pulmonaire associant le plus souvent des images de la perfusion et de la ventilation, au besoin en mode tomoscintigraphique). Étant donné que les signes cliniques des tests d'EP et de D-dimères ont une faible spécificité, l’angioscanner est fréquemment utilisé, entraînant une exposition des patients aux radiations et une augmentation des coûts.

L’absence de critères de la règle de PERC (2) (8 critères qui visent à identifier les patients avec une probabilité d’EP si faible que le dosage des D-dimères est superflu : âge ≤ 50, pulsation ≤ 100/min, saturation d’oxygène > 94%, absence de gonflement unilatéral d’un membre inférieur, absence d’hémoptysie, pas de chirurgie ou traumatisme récent, absence d’antécédent d’EP ou de thrombose veineuse profonde (TVP) et absence de prise d’estrogène) ou de D-dimères ajustés pour l’âge (âge x 10 ng/ml pour l’âge ³ 50 ans) permet d’exclure le diagnostic d’EP (1). L’algorithme YEARS qui comprend 3 variables du score de Wells (présomption que l’EP est le diagnostic le plus probable, signes cliniques de TVP, hémoptysie) permet également d’exclure une EP de façon sécure en cas d’absence de ces critères. Si aucun critère YEARS n’est présent, un seuil sous 1000 ng/ml des D-dimères permet d’exclure une EP. Si un critère YEARS est présent, un seuil inférieur à 500 ng/ml est exigé (3,4). Cependant, la règle YEARS n'a pas été étudiée dans un essai randomisé, et sa sécurité lorsqu'elle est combinée avec la règle PERC et le seuil de D-dimères ajusté en fonction de l'âge n'a pas été évaluée.

 

Résumé

Population étudiée

  • critères d’inclusion : suspicion clinique d'EP aux urgences (p. ex., apparition aiguë de douleurs thoraciques, aggravation d'une dyspnée aiguë et/ou d'une syncope) et soit une faible probabilité subjective (< 15%) avec 1 ou plusieurs éléments de la règle PERC, soit une probabilité subjective intermédiaire (16%-50%) d’EP
  • critères d’exclusion :
    • patients avec une probabilité subjective élevée d’EP (de > 50%) nécessitant d’office un bilan par imagerie
    • patients avec une probabilité subjective basse et un PERC = 0
    • patients sévèrement malades (détresse respiratoire, hypotension, saturation trop basse), sous anticoagulation, diagnostic de thromboembolie, grossesse, un patient incarcéré/institutionnalisé ou suspicion élevée d’une autre étiologie clinique trop évidente
  • ont été inclus 1414 patients, âge moyen de 55 ans, 58% de femmes, avec un risque minime d’EP non exclue par les critères cliniques ou PERC
  • recrutement interrompu durant 4-6 semaines durant la première vague de la pandémie au COVID-19 car les patients susceptibles d’être incorporés dans l’étude étaient aussi suspectés d’avoir le COVID-19 et envoyés pour une CT pulmonaire.

Protocole de l’étude

  • étude multicentrique: l’étude s'est déroulée dans 18 services d’accueil des urgences en France et en Espagne 
  • randomisée en grappe 1:1 au niveau des services d’urgence, croisée : l’étude s'est déroulée dans 18 services d’accueil des urgences ; 9 services ont été attribués au groupe intervention, 9 au groupe contrôle pour une période de 4 mois, puis croisés après une période de wash-out de 2 mois pour une nouvelle période de 4 mois
    • groupe intervention (n = 726) : chaque participant a été évalué à la consultation par le score YEARS et ensuite par les D-dimères (avec une valeur seuil de 1 000 ng/ml si le score YEARS = 0 et 500 ng/ml pour l'âge < 50 ans ou [age x 10] ng/ml pour l'âge ≥ 50 ans si le score YEARS ≥ 1) ; si les D-dimères étaient majorés, un angioCT était réalisé
    • groupe témoin (n = 688) : chaque patient était évalué pour les D-dimères ajusté pour l’âge et s’ils étaient majorés, un angioCT était réalisé
  • la randomisation était réalisée par le logiciel PROC PLAN (SAS version 9.4 ; SAS Institute)
  • la randomisation était stratifiée par pays et par la taille du service (petit décrit comme < 50000 entrée-patients par an)
  • les patients étaient inclus par l’urgentiste de garde
  • durant la période contrôle, la stratégie était basée sur les recommandations actuelles basées sur le taux de D-dimères ajusté pour l’âge et réalisation d’une imagerie par angioCT si le taux était supérieur au seuil.

 

Mesure des résultats

  • le résultat était analysé au niveau individuel
  • critère de jugement primaire : échec de la stratégie diagnostique, démontré comme diagnostic de thromboembolie veineuse (TEV) à 3 mois (par entretien téléphonique) après exclusion du diagnostic initial aux urgences ; la TEV était définie comme une thrombose veineuse profonde confirmée par échographie Doppler veineuse, un défaut intraluminal à l’angioCT ou une image à la ventilation/perfusion ayant une forte probabilité d'être causée par une EP
  • critères de jugement secondaires : imagerie ordonnée par l’urgentiste, durée de passage aux urgences, admission à l’hôpital après passage aux urgences, administration d’anticoagulation, mortalité de toutes causes et retour aux urgences de toutes causes à 3 mois
  • la marge de non-infériorité a été mise à 1,35%, plus conservateur que dans les études précédentes.

Résultats

  • des 1414 patients inclus, 1271 (86%) ont fait l’objet de l’analyse des résultats par protocole. 100 EP ont été diagnostiquées par les urgentistes (7,1%)
  • critère de jugement primaire :
    • 6 TEVs étaient détectées à 3 mois : 1 dans le groupe intervention et 5 dans le groupe contrôle ; le taux d’échec était de 0,15% (avec IC à 95% de 0,00% à 0,86%) dans le groupe interventionnel et de 0,80% (avec IC à 95% de 0,26% à 1,86%) dans le groupe dans le groupe contrôle
    • la différence ajustée du taux d'échec entre les 2 groupes était de -0,64% (avec IC unilatéral à 97,5% de -∞ à 0,21%) ; l'intervalle de confiance de cette différence n'a pas franchi la marge de non-infériorité de 1,35%
  • critères de jugement secondaires :
    • angioCT réalisés chez 496 patients dont 221 (30,4%) dans le groupe interventionnel et 275 (40,0%) dans le groupe contrôle (différence ajustée de -8,7% avec IC à 95% de -13,8% à -3,5%)
    • la différence ajustée de temps de séjour aux urgences était de -1,6h (avec IC à 95% de -2,4h à -0,9h)
    • les autres critères de jugement secondaires ne montraient pas de différences statistiquement significatives entre les 2 groupes
  • dans la population étudiée per-protocole, 956 patients avaient un score YEARS à 0 ; dans une analyse post-hoc limitée à ces patients, il n’y a pas eu de cas d’EP non diagnostiquée dans le groupe interventionnel et il y a eu 3 cas d’EP non diagnostiquée dans le groupe contrôle (taux d’échec de 0,68% avec IC à 95% de 0,00% à 1,45%) ; dans cette analyse post-hoc, l’imagerie pulmonaire était réalisée chez 22,9% de patients dans le groupe interventionnel et 37,2% dans le groupe contrôle, soit une réduction absolue de 14,3% (avec IC à 95% de 8,3% à 20,2%).

 

Conclusion des auteurs

Les auteurs concluent que dans cette étude randomisée en grappe, croisée, de non-infériorité, pour des patients se présentant aux urgences avec suspicion d’embolie pulmonaire, l'utilisation de la règle YEARS combinée au seuil de D-dimères ajusté selon l'âge chez les patients PERC-positifs, par rapport à une stratégie diagnostique conventionnelle, s’est révélée non inférieure en termes d'événements thromboemboliques à 3 mois.

 

Financement de l’étude

Subvention spécifique du Ministère Français de la Santé (Programme Hospitalier de Recherche Clinique 2017) et de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris.

Conflits d’intérêt des auteurs

Trois auteurs ont détaillé divers financements et sponsors publics et privés.

 

Discussion

Considérations sur la méthodologie

Le recrutement dans cette étude multicentrique randomisée en grappe, croisée, de non-infériorité, avec 2 bras était suffisant car le nombre minimum de patients requis était de 1234, nombre dépassé dans l’étude (1271 patients inclus dans l’analyse par protocole). Avec la marge de non-infériorité mise à 1,35%, assez conservateur par rapport à la littérature, et basée sur les recommandations de l’International Society of Thrombosis and Haemostasis pour le diagnostic de l’EP, l’innocuité de l’intervention a été basée sur l’intervalle de confiance à 97,5% unilatérale comme valeur plafond pour le taux d’échec dans le groupe interventionnel et jugée acceptable si en dessous de 1,35%. La randomisation des services a été réalisée par un statisticien indépendant. Cette randomisation était à l’échelle des services d’urgence et non pas du patient, ce qui peut induire des biais quant aux caractéristiques des patients inclus dans les 2 groupes (même si cela n’a pas été mis en évidence par les auteurs) mais il s’agit d’une approche pragmatique. Le protocole prévoyant un croisement des approches pour tous les services d’urgence minimise les biais liés potentiellement à un centre particulier. Le secret de l’attribution (concealment of allocation) a été garanti jusqu’à ce que le service des urgences ait reçu le feu vert pour démarrer l’étude. L’urgentiste de garde sélectionnait le patient en toute discrétion : l’étude n’a donc pas été effectuée en double aveugle et les auteurs ne peuvent assurer un biais possible dans la sélection des patients.

Le critère de jugement primaire a été défini comme une thromboembolie veineuse à 3 mois après exclusion d’une EP aux urgences : il a été évalué par 3 cliniciens avec expertise dans la maladie thromboembolique veineuse et indépendants à l’étude. Vu que l’étude était une étude de non-infériorité, l’analyse a été réalisée par protocole, qui demande d’analyser strictement les résultats des sujets remplissant les critères d’inclusion. Les 37 patients avec des valeurs manquantes pour le critère de jugement principal ont été classés comme ne répondant pas au critère d'évaluation parce que la prévalence du critère d'évaluation principal était anticipée sur base de la littérature comme étant inférieure à 2%. Une analyse de sensibilité du critère de jugement principal a été réalisée en utilisant l'imputation multiple pour tenir compte des données manquantes pour l’ensemble de la population randomisée sans modifier les résultats observés. Les critères secondaires ont été comparés entre groupes sous l’hypothèse de la randomisation et de la supériorité avec la possibilité potentielle d’une erreur de type I à cause des comparaisons multiples, et les résultats ont été interprétés comme exploratoires. Les analyses de sensibilité des critères secondaires ont été réalisées sur la population par protocole.

 

Interprétation des résultats

Les auteurs signalent que des écarts de protocole sont survenus dans les deux groupes : 29 patients ont eu une imagerie thoracique malgré un test aux D-dimères négatif (20 dans le groupe d'intervention et 9 dans le groupe témoin) et 11 patients n'ont pas eu d'imagerie thoracique malgré un test aux D-dimères positif (1 dans le groupe d'intervention et 10 dans le groupe témoin). Ils estiment qu’il y a eu un taux de contamination très limité dans cette étude, partiellement expliqué par la conception en grappes avec une période de lavage.

La sécurité de l’intervention a été validée dans la population de patients avec un score YEARS de zéro. Il reste cependant des inconnues pour le sous-groupe de patients du groupe d'intervention qui avait un score YEARS de zéro et un taux de D-dimères supérieur au seuil ajusté en fonction de l'âge mais inférieur à 1000 ng/ml. En effet, la limite supérieure de l'IC à 95% du taux d'échec était de 5,36% pour ce groupe, ce qui est supérieur au seuil de sécurité prédéfini. Cela peut être dû à un manque de puissance pour cette population particulière. Aucune EP manquée n'a été trouvée dans ce sous-groupe. Il semblerait cohérent qu’à l’avenir une étude se penche plus particulièrement sur cette population pour rassurer les cliniciens.

L’étude montre que l’algorithme YEARS avec les règles PERC et les D-dimères ajustés pour l’âge entrainent une diminution du recours à l’imagerie à l’angioCT avec une différence absolue de 10% entre les 2 groupes. Une étude prospective de cohorte menée par Van der Hulle en 2017 présentait 14% de réduction (6). Notons que dans l’étude ici analysée les patients présentaient au moins un critère PERC ce qui n’était pas le cas dans l’étude de Van der Hulle. L’étude de Freund montre l’intérêt d’associer le score PERC et les critères YEARS. Notons cependant qu’il existe un chevauchement entre les critères PERC et YEARS : cela renforce le poids de certains critères PERC en appliquant YEARS après PERC (absence de gonflement d’un membre inférieur et absence d’hémoptysie) et permet à la présomption clinique générale d'embolie pulmonaire de primer sur le nombre de critères PERC positifs. Il nous semble qu’un nouvel instrument basé sur une combinaison de PERC et YEARS pourrait être créé, testé et validé car suite à cette étude, désormais, les urgentistes devraient réaliser successivement deux tests. Est-ce faisable en pratique ?

Le critère « la présomption que l’EP est le diagnostic le plus probable » du score YEARS est un critère subjectif et peut sembler moins fiable qu'un critère objectivable, mais il a été démontré qu'une évaluation subjective de la probabilité clinique d'une EP est fiable (5). Comme nous l’avons déjà signalé pour d’autres études sur le sujet, le niveau de formation des médecins ayant participé à cette étude n’est pas décrit. Les patients ont-ils été vus par des stagiaires débutants comme c’est souvent les cas en pratique ou des médecins expérimentés ? On peut aussi s’interroger sur l’extrapolabilité de ces résultats à la première ligne de soins : de quelle manière les médecins généralistes gèrent-ils cette présomption que l’EP est le diagnostic le plus probable ? Cette étude probablement pas extrapolable à un autre contexte que les urgences ; en médecine générale, la présentation est différente et la probabilité a priori est beaucoup plus faible.

L'objectif principal d'une stratégie relative à l’EP est de ne pas passer à côté d’EP. Réduire le besoin d'investigations supplémentaires, généralement un angioCT, et réduire la consommation globale de ressources, y compris le temps passé au service des urgences est cohérent à LA condition que cette obligation clinique soit assurée. L’utilisation conjointe du score de PERC et des critères de YEARS associés à la définition d’un seuil de D-dimères adapté à l’âge permet d’exclure une embolie pulmonaire avec une très bonne sécurité les patients se présentant avec un élément clinique évocateur. C’est réalisable rapidement dans les services d’urgence et facilement interprétable. Il nous semble que c’est faisable également pour le médecin généraliste face à un patient avec un signe évocateur d’EP mais qui refuserait absolument toute hospitalisation. Au sein d’un service d’urgence, le processus ne ralentit pas non plus la démarche diagnostique positive, l’imagerie restant le point central positif. La démarche ne rallonge pas non plus inconsidérément, a priori, le temps de prise en charge du patient pris en charge par les urgences. Sa faisabilité en médecine générale mériterait, voire devrait (!), d’être étudiée avec précision. Quelle serait la coordination idéale entre la première ligne de soins et la deuxième en cas de suspicion, voire de mise au point de l’embolie pulmonaire. Cette étude n’était pas protocolée pour répondre à ces questions mais elles mériteraient d’être étudiées.

 

Que disent les guides de pratique clinique ?

Ebpracticenet (7) confirme l’intérêt de l’algorithme YEARS pour éviter, sans risque majoré, l’imagerie dans le diagnostic initial de l’embolie pulmonaire. L’ESC (8) recommande que la stratégie diagnostique soit basée sur la probabilité clinique, évaluée soit par jugement clinique, soit par une règle de prédiction validée (I A). La mesure des D-dimères plasmatiques, de préférence à l'aide d'un test très sensible, est recommandée chez les patients ambulatoires / patients des services d'urgence présentant une probabilité clinique faible ou intermédiaire, ou ceux qui sont peu susceptibles d'EP, afin de réduire le besoin d'imagerie inutile et les irradiations (I A). Comme alternative au seuil fixe de D-dimères, un test de D-dimères négatif utilisant un seuil ajusté selon l'âge (âge x 10 mg/l, chez les patients âgés de > 50 ans) doit être envisagé pour exclure l'EP chez les patients avec une probabilité clinique faible ou intermédiaire, ou ceux qui sont peu probables d’avoir une EP (IIa B).

 

Conclusion de Minerva

Cette publication européenne consiste en une étude randomisée en grappe, croisée, de bonne qualité méthodologique. Elle montre la non-infériorité pour le risque d'échec diagnostique en termes d'événements thromboemboliques à 3 mois de la règle YEARS et l’utilisation du seuil des D-dimères ajusté pour l’âge chez les patients présentant au moins un critère de la règle PERC, par rapport à la stratégie conventionnelle d’exclusion d’embolie pulmonaire aux urgences. La réduction de l’utilisation de l’imagerie par angioCT est confirmée également.

 

 

Références 

  1. Freund Y, Chauvin A, Jimenez S, et al. Effect of a diagnostic strategy using an elevated and age-adjusted D-dimer threshold on thromboembolic events in emergency department patients with suspected pulmonary embolism: a randomized clinical trial. JAMA 2021;326:2141-9. DOI: 10.1001/jama.2021.20750
  2. Freund Y, Cachanado M, Aubry A, et al; PROPER Investigator Group. Effect of the pulmonary embolism rule-out criteria on subsequent thromboembolic events among low-risk emergency department patients: the PROPER randomized clinical trial. JAMA 2018;319:559-66. DOI: 10.1001/jama.2017.21904
  3. Sculier JP. Confirmation de l’intérêt de l’algorithme YEARS pour éviter, sans risque majoré, l’imagerie dans le diganostic initial de l’embolie pulmonaire. Minerva Analyse 15/09/2019.
  4. Karbrhel C, Van Hylckama Vlieg A, Muzikanski A, et al. Multicenter evaluation of the YEARS criteria in emergency department patients evaluated for pulmonary embolism. Acad Emerg Med 2018; 25: 987-94. DOI: 10.1111/acem.13417
  5. Penaloza A, Verschuren F, Meyer G, et al. Comparison of the unstructured clinician gestalt, the wells score, and the revised Geneva score to estimate pretest probability for suspected pulmonary embolism. Ann Emerg Med 2013;62:117-124.e2. DOI: 10.1016/j.annemergmed.2012.11.002
  6. van der Hulle T, Cheung WY, Kooij S, et al; YEARS study group. Simplified diagnostic management of suspected pulmonary embolism (the YEARS study): a prospective, multicentre, cohort study. Lancet 2017;390:289-97. DOI: 10.1016/S0140-6736(17)30885-1
  7. Harjola VP. Insuffisance cardiaque aiguë et œdème pulmonaire. Duodecim Medical Publications 21/11/2016. Screené par Ebpracticenet 2019.
  8. Konstantinides SV, Meyer G, Becattini C, et al. 2019 ESC Guidelines for the diagnosis and management of acute pulmonary embolism developed in collaboration with the European Respiratory Society (ERS). Eur Heart J 2020;41:543-603. DOI: 10.1093/eurheartj/ehz405

 

 


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Dernière mise à jour du site : 19/09/2022